Il y a tout mais pas au bon endroit...

Publié le par La Démone

Cette phrase restera gravée dans ma mémoire. Cette phrase c'est la plus douloureuse que j'ai eu à entendre. Cette phrase est celle d'une vie déjà morte. Cette phrase fut prononcée par une échographe, un murmure inquiet alors que son regard fixé l'écran et que sa main guidait l'instrument sur mon ventre. Cette phrase est celle que je n'aurais pas dû entendre, elle a pensé à voix haute et j'ai vu dans ses yeux qu'elle ne l'avait pas voulu. Cette phrase a remplacé les félicitations : entendre pour la première fois l'activité cardiaque d'un petit être en devenir mais qui ne deviendra pas.

Mais remontons un peu le temps,

j'en ai besoin pour réaliser ce qui est venu bouleverser au sens propre comme figuré 

notre vie à M. l'Ange et moi. 

Depuis le mois de novembre j'étais à cran sans véritable raison. Le boulot ? L'arrivée du froid ? Une sensation à la limite de l'angoisse perpétuelle qui mettait mes nerfs à vif et ceux de M. l'Ange aussi. Et puis, et puis, il y eut cette petite grippe, un changement de médecin ou plutôt la trouvaille du médecin qui nous correspond qui en écoutant mes symptômes, esquisse un léger sourire : je vais faire un test de grossesse. 

10 janvier (fin de journée) : je suis bel et bien enceinte.

Ce médecin me conseille de consulter rapidement un gynéco vu mes petites pertes de sang. Petit détail pratique, il me donne les coordonnées d'un confrère.  

11 janvier : Quel manque de tact !

Je fais confiance au médecin, je consulte en urgene le gynécologue... un homme qui n'a pas compris que c'était ma première grossesse, qui élude certaines questions, bref on ne partait pas sur de bonnes bases mais nécessité faisant loi, il m'osculte sans appareil.

Je suis effectivement enceinte mais cela ressemble plus à une fin de grossesse. Comment lui dire qu'il vient de nous poignarder avec cette phrase prononcée comme on commande un verre à l'apéro ! Il enchaine par la prescrition d'une échographie et nous balance sur un ton léger que l'on a certainement du temps pour voir la meilleure façon de m'avorter au besoin. Je crois que M. l'Ange et moi nous nous sommes serrés la main pour ne pas pleurer. Nous sommes restés calmes, nous avons pris les informations qu'il nous a donné et entre nous, on a continué d'y croire. 

12 janvier : Préjugés et GEU

M. l'Ange travaille à l'heure de l'échographie, j'y vais seule en lui promettant de le tenir informer. Je suis d'un calme olympien presque glacial. Je me rends peu à peu compte que tout le monde s'imagine que je connais le procédé, premier préjugé. 

Et puis vient mon tour. Et puis vient cet écran, cette découverte. Une petite poche, un battement... j'en suis à un mois et demi voire même deux ! Et puis, et puis, il y a cette phrase. Cette phrase qui titre cet article, cette phrase qui ouvre cet article. Et puis, il y a l'autre phrase, celle qui m'annonce que je dois, en urgence, retourner chez mon gynéco, sans rendez-vous, je dois y aller maintenant. 

Je prends congé, j'appelle M. l'Ange mais je ne veux pas qu'il quitte le boulot, je continue seule... pourquoi ai-je fait ce choix ? Mystère. 

Le gynéco, égal à lui-même, m'envoie à l'hôpital qui est où ? Eh oui, je le connais pas ce CHIVA. et qui prend un ton faussement débonnaire pour me déclarer que c'est un "simple" contrôle, que j'aurais peut-être la formation d'un double utérus mais oui, donne-moi de l'espoir qui tient du miracle ! et si ce n'est pas le cas : je reviens et on organise l'opération pour m'enlever tout cela et sinon une petite implantation mamaire avec ça, c'est possible ?!. D'après lui donc, pas d'urgence réelle, je ne dois pas m'inquiéter, en somme tout est normal...

J'appelle donc Ange pour le prévenir mais lui dit de ne pas s'affoler, de finir sa journée. 

Malheureusement, la gynécologue des urgences refuse de me laisser partir aaah mais le gynéco a dit que c'était rien ? Second préjugé : j'ai déjà eu une grossesse voire plusieurs car c'est elle m'annonce que l'on doit m'opérer "en urgence", que je risque de faire une fausse couche et d'en mourir si elle me laisse partir, que pendant l'opération je risque de perdre ma trompe. Et là, mon masque tombe, là, mon visage se décompose, les larmes me montent aux yeux, j'essaie de parler mais je déglutis en essayant de trouver mes mots. Et là, elle comprend son erreur et me pose enfin LA question : est-ce ma première grossesse ? J'ai envie de lui hurler que oui, mais je reste calme, je lui résume notre petite histoire. Et là, petit moment de compassion : elle pose une main sur mon bras, on va m'installer dans une chambre, on viendra tout m'expliquer et on fera de son mieux pour que tout se passe bien... 

Je suis au tapis, sonnée, déboussolée, projetée hors de mon corps. Je me laisse guider, je réponds machinalement à l'infirmière. Je regarde la chambre sans la voir, si je vois le lit, je dois m'y installer. Je dois appeler M. l'Ange, je le fais... problème de réseau, je laisse un message. Puisqu'il le faut, puisque je suis seule, je m'assoie sur ce lit. A son contact, je reviens dans mon corps et toute cette aventure s'extériorise enfin : je fonds en larmes. Je pensais pleurer toute seule, mais deux bras m'enlacent fortement : M. l'Ange est là. Je pleure avec lui, quelque part il y a mon frère mais je ne sais pas où. Nous n'avons pas le temps de pleurer plus, une sage-femme et la gynéco de garde viennent nous expliquer calmement la suite des événements. 

13 janvier : le vendredi 13 synonyme de dueil.

La notion d'urgence est relative à chacun, à chaque métier aussi. Depuis le soir, je n'ai plus le droit de manger, juste une tisane avant le coucher. Je dois être prête pour l'opération. Une opération qui viendra vers la fin de matinée. 
Un détail comique : je suis trop grande pour leur table d'opération, les infirmières arrivent à me faire sourire, elles sont les plus humaines avec les sages-femmes. Pour le reste, je ne rentrerai pas dans le détail, je ne suis pas experte.

Je retrouve M. l'Ange, il est méconnaissable, il a eut peur de me perdre, on n'ose plus se laisser aller à pleurer car le chirurgien doit venir me faire le bilan... très simple en somme : plus de bébé, obligation d'enlever ma trompe gauche... mais ma droite est très belle, très épnouïe sérieusement, il tente l'humour là ? Oui, bon ok

14 - 15 janvier : une petite erreur

Surveillance post-opératoire, discussions avec M. l'Ange, pleurs, et un petit invité surprise ! Je dois être capable de me lever et de faire le minimum d'hygiène seule... je tente donc de me lever, je vais jusqu'à la salle de bains seule, et au retour je dis à M. l'Ange que je vois blanc et je tombe. Etre réveillé par des claques, c'est pas très agréable... je suis de nouveau dans le lit, l'infirmière remonte ma blouse et là : un hématome qui va de mon pubis à mon nombril et qui s'étend dans mon dos. Pas de panique, on va arranger tout cela. Mais c'est quoi la raison ? Oh trois fois rien ! Le chirurgien vient m'expliquer qu'il a dû couper une petite artère mais que ce n'est pas grave, cela va partir tout seul, on va me transfuser une poche de sang et tout ira pour le mieux... par contre au lieu de quinze jours d'arrêt, j'aurais un mois pour avoir le temps de me remettre. 

16 janvier : sortie

La douleur physique est la moindre des deux. M. l'Ange continue le boulot, c'est mieux qu'on ne soit pas deux enfermés dans l'appartement. Je n'arrive toujours pas à réaliser ce qui vient de nous arriver. Nous avons quelques appels de nos parents mais honnêtement cela ne fait ni du bien, ni du mal. 

Je me demande si j'ai envie de continuer cette vie, si j'ai envie de me battre pour ces projets qui au final m'ont privé de mon plus grand rêve. Je dois me rassurer, je pourrais avoir d'autres enfants de façon naturelle. Pour le moment je me sens inutile, incapable et sans aucune envie. Une partie de mon coeur s'est arrêté avec le sein... d'ailleurs je me demande ce qu'il serait devenu : un petit gars, une petite fille ? Je regarde mon bureau et je le déteste, je me déteste car c'est à cause de tout cela que je n'ai pas vu que j'étais enceinte, que mon bébé n'a pas été au bon endroit.

Je culpabilise pour ce coeur, pour M. l'Ange, pour moi : ma première grossesse fut éphémère, le temps d'entendre son coeur, de savoir qu'il était bien... mais que mon corps a fait la bêtise de ne pas le mettre là où il le fallait.  

Désolée de la longueur, il fallait que je pose les faits pour mieux les réaliser.

Publié dans Les Grossesses

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k. 31/01/2012 15:40


Ben j'arrive après la bataille mais juste un gros câlin à la place des mots - les mots c'est beau, mais parfois complètement inutiles.
Bisous. 

Mademoiselle La Démone 31/01/2012 18:19



J'accepte le câlin et je suis d'accord pour les mots !


Bises



clarisse 24/01/2012 14:30


Coucou Armony ... 


 


Difficile epreuve pour toi .. encore une et dans ces cas là peut de mot sont de reconfort et rassurant .... faut te laisser du temps .. je sais que c'est facile a dire mais pas facile a
 faire .. 


 


Toute chose arrivera au bon moment .... 


 


C'est ce que je me dit aussi  car je voit toute mes amis mères ou enceintes tandis que moi pour le moment je ne  peut pas ... on arrete pas de me dire que je suis jeune  que j'ai
encore le temps  mais arf plus facile a dire qu'a faire quand l'envie est beaucoup plus forte que la raison et que le coeur ... Aucun mot n'est de reconfort pour  moi .. mais quand on
ne vit pas la chose cela est difficile de le comprendre  et qu'il n'y a rien a faire a part patienter ... 


et sa c'est  dur 

Mademoiselle La Démone 25/01/2012 10:46



Oh oui c'est dur dans les deux cas et je ne peux que t'envoyer un peu de patience. Je sais qu'aucun mot même de ceux qui ont traversé la "même" épreuve ne peut réconforter car c'est quelque chose
d'intime. Alors oui il faut attendre et continuer à aimer et avancer, comme me l'a dit une amie : il te faut sans doute finir quelque chose pour qu'il est toute la place dont il a besoin... c'est
dur à entendre, mais en y réfléchissant c'est peut-être pas faux... reste à trouver la dîte chose à finir pour chacune de nous. 
Courage à toi aussi ma puce. 



Sylvania 24/01/2012 13:56


Dure, terriblement dure cette épreuve que tu traverses...
Je ne vais pas tomber dans la banalité des phrases toutes faites censées remonter le moral (ce qui ne marche jamais selon moi), la seule chose dont tu as besoin c'est de temps pour te permettre
de surmonter cette douleur morale qui te mine.
Et même si c'est quelque chose qui restera sans doute ancré en toi un long moment, ce qui t'arrive n'est pas ta faute ! Ce sont malheureusement des choses qui arrivent...
Je suis de tout cœur avec toi ! Bisous tout plein

Mademoiselle La Démone 25/01/2012 10:42



Merci pour l'absence des phrases toutes faites. C'est vrai que là, seul le temps peut m'aider mais j'espère qu'il sera pas trop long quand même.


Bisous à toi aussi.