Survivre à une addiction particulière

Publié le par La Démone

Chaque couple a ses failles, ses démons, ses secrets interdits. Mon couple possède surtout une addiction qui le sépare sans faire de bruit. 

Ce n'est pas une addiction partagée, c'est même tout le contraire ! M. Ange est addictif, moi je suis révulsée, de là évidement la sensation de mal-être qui s'accroît dans le silence de nos échanges, dans ce jardin secret de l'autre qui ne l'est plus et qui ne plaît pas.

M. Ange est un grand amateur de pornographie.

Rien que de l'écriture, je sens une boule me nouait le ventre et la gorge, mais n'ayant rien lu sur le sujet hormis le dégoût et la détresse des femmes qui découvrent ce penchant de leur compagnon, je préfère épancher mes sentiments.

Bien entendu, les premiers temps je me suis sentie trahie, salie, j'ai soupçonnée mille aventures infidèles. Je n'ai pas gardé le silence, j'en ai parlé non seulement avec M. Ange mais même à une amie très chère, notre médecin et -là ce fut mon erreur- une sexologue. Voici donc le rendu ces rencontres :

  1. M. Ange a reconnu son addiction, il a répondu à toutes mes questions. Il n'a jamais été plus loin que des échanges sur un site communautaire spécialisé dans ce domaine. Il m'a avoué ses fantasmes, il a écouté mes peurs. Il a ensuite proposé une chose bien étrange : que l'on ait un profil de couple ! J'ai accepté. Je vous en parle plus bas.
  2. L'amie chère a su rester impartiale, elle m'a fait part de son avis mais n'a en rien changé d'attitude envers M. Ange. C'est certes une addiction dont on ne parle pas mais cela ne change en rien l'homme qu'elle connaît. Cela m'a rassuré. Bien que son addiction ne soit pas un sujet de discussion comme être "fou de foot", cela ne fait pas de lui un monstre.
  3. La sexologue, grâce à elle, je suis entrée en dépression. Elle m'a reprochée mes colères car les hommes n'ayant pas les mêmes "antennes" que nous, il ne peut pas voir les pièges tendus. Elle a aussi déclaré que cela n'était en aucun de l'infidélité et que le travail ne se ferait pas sur le couple mais sur moi uniquement. Moi qui n'ai pas assez confiance en moi, ni en lui; moi qui ne me trouve pas assez belle et bien pour lui ; moi qui oublis de mettre mon amour pour lui avant tout le reste. Elle a même dit à M. Ange que beaucoup d'hommes et de femmes avait les mêmes pratiques que lui, des couples aussi et que c'était souvent épanouissant pour le couple ! En gros je me suis sentie une idiote débarquant d'une autre époque, bourrée de complexe et limite incapable de rendre heureux mon fiancé.
  4. Le médecin généraliste fut en quelque sorte ma planche de salut. Il a parlé d'un vieux patient et de ses pratiques, il a conclu que chaque couple construit sa sexualité selon ses besoins, qu'il ne faut pas avoir peur de briser les codes mais que cela devait toujours se faire avec amour et respect mutuels. Il a aussi perçu ma détresse, il m'a mis sous traitement léger pour dépression. Il n'a pas enfoncé le coup en me rappelant les raisons de mon état.

La conclusion est que cette addiction a semé le doute et une fleur presque immortelle a éclos. M. Ange le sait, il l'accepte, lui qui voulait que l'on ouvre entièrement nos jardins secrets, comprend désormais que c'est nécessaire à la survie de notre couple.

Je ne peux pas dire que je suis heureuse, que je m'endors confiante quand je sais que mon fiancé peut passer des soirées sur ce site à regarder des vidéos, à discuter sans tabous. Je me console en me rappelant que ce n'est plus un secret et que à chaque fois que je sens la peur m'envahir je peux lui en parler.

Est-ce que je crois en son amour ? Oui. Seulement son amour n'est pas celui décrit dans les films et les livres, il est plus particulier et je dois me battre intérieurement contre les tabous de notre société pour ne pas oublier que je suis celle qu'il a choisie.

Voilà ce que je voudrais rappeler, à celles qui traversent une telle épreuve, notre compagnon nous aime, il a une addiction particulière mais elle ne doit pas consumer votre couple. Elle doit être une occasion de mieux le définir et ce même voire surtout dans l'intimité.

Avez-vous un petit mot pour moi ?

Publié dans Le Couple

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